Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, en ouverture du Forum Génération Égalité (Paris, 30 juin 2021)

= Seul le prononcé fait foi=

Merci, merci infiniment pour votre présence aujourd’hui à Paris en ce Carrousel du Louvre. Je veux vraiment remercier l’ensemble des chefs d’État, de Gouvernement, le Secrétaire général des Nations unies, Madame la Directrice exécutive d’ONU Femmes, les directrices et directeurs d’organisations internationales, les ministres, et puis les dirigeants, Monsieur le Président du Conseil européen, et l’ensemble des dirigeantes et dirigeants d’organisations non-gouvernementales, les militantes et militants qui sont ici présents, toutes celles et ceux qui aussi portent la voix de la société civile.

Nous sommes si heureux et fiers d’accueillir le Forum Génération Égalité, quelques mois après son ouverture au Mexique. Nous y tenions tout particulièrement, et je dois dire que c’est aussi le fruit d’une mobilisation collective qui vient de loin. J’en suis d’autant plus fier qu’en France, nous avons depuis 4 ans fait de ce sujet de l’égalité femmes-hommes le cœur, la grande cause nationale. Alors il y a eu un avant et un après conférence de Pékin sur les droits des femmes en 1995, et il y aura un avant et un après Forum Génération Égalité de Paris en 2021. Il n’y a pas le choix.

On veut que les choses changent et ce forum doit être un forum - c’est pour ça que je vais être court - de mobilisation et d’action, et donc on doit être là pour dire ce qu’on est prêt à faire, l’argent qu’on y met et pourquoi, parce que le sujet qui nous occupe aujourd’hui, ça n’est rien de moins que la moitié de l’humanité. Il y a beaucoup de gens qui confondent encore les sujets d’égalité femmes-hommes avec les sujets de diversité. Je veux ici leur rappeler qu’on parle juste de 51% de l’humanité et donc on doit agir face à tous les défis qui sont les nôtres parce qu’il y a urgence.

Alors, il y a d’abord urgence à cause du contexte - et ça, nous ne l’avions pas prévu avant - celui de la pandémie. La pandémie contre laquelle nous continuons à nous battre a en effet été marquée par un recul immense de la question de l’égalité. Alors même qu’elles ont été en première ligne de la lutte contre la Covid, les femmes sont les premières victimes de cette crise sanitaire. Quelques chiffres : depuis un an et demi, 47 millions de femmes supplémentaires sont entrées dans la pauvreté. Des millions d’autres, souvent les mêmes, ont été privées de soins, de contraception, de possibilité de choisir leur vie. On le sait, y compris dans nos pays, et je parle aussi de la France, dans l’intimité des vies confinées, les violences faites aux femmes, ce qu’on appelle parfois les violences intrafamiliales, ont repris, ont réaugmenté. Alors que 500 millions de femmes et de filles de plus de 15 ans sont analphabètes, des filles ont à nouveau été retirées de l’école. On a souvent dit du Covid que c’était un virus anti-social parce qu’il touchait les plus pauvres ; il est en plus antiféministe. C’est clair.

La deuxième chose qui justifie - enfin la deuxième justification de cette urgence - c’est le vent mauvais qui se remet à souffler dans beaucoup de nos sociétés. En effet, il y a des forces réactionnaires, patriarcales qui tentent de reprendre le pouvoir dans une forme de ce qu’on pourrait appeler une internationale du conservatisme, et ils veulent remettre en cause absolument des décennies d’acquis. En préparant cette réunion et notre journée, je relisais une phrase, dont je ne veux pas avec vous qu’elle soit prémonitoire, de Simone de Beauvoir qui disait il y a plusieurs décennies : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Nous y voilà, hélas ! Et très clairement - avec des logiques qui sont différentes selon les continents, que les mouvements profonds soient portés par telle ou telle religion ou détournement de religion, que les mouvements profonds soient portés par un conser vatisme nouveau - les libertés reculent, les droits qu’on croyait fondamentaux deviennent des options. Des femmes qui voulaient simplement être libres de conduire sont pointées du doigt, d’autres qui revendiquent simplement de ne pas porter un voile ou d’avorter, sont menacées. C’est une réalité aujourd’hui, au moment où nous nous parlons ici au Louvre, et nous sommes là aujourd’hui pour leur dire non seulement notre soutien, mais pour dire que leurs combats sont les nôtres. Nous sommes là pour l’honneur des femmes journalistes ou avocates comme Loujain ou Nasrin Sotoudeh, des femmes ouïghoures et de tant d’autres. Nous sommes là pour l’honneur des femmes qui manifestent contre le retrait de la Turquie et de la Convention d’Istanbul, des femmes yézidies face à l’horreur de Daech, chère Nadia. Nous sommes là pour toutes ces femmes fatiguées d’être des citoyennes de seconde zone, pour reprendre la formule de Rosa Parks.

Alors, face à toutes ces urgences et ce devoir d’agir, il y a de l’espoir. Il y a de l’espoir, et je veux vraiment remercier toutes celles et ceux qui sont venus malgré la pandémie, de leurs pays, de situations parfois difficiles pour marquer leur combat. Mais il y a de l’espoir parce que nous sommes fortes et forts, d’abord de combats féministes qui ont été portés, et ensuite de l’agenda féministe que nous allons dresser aujourd’hui, ensemble. Je le dis très clairement : je revendique avec les dirigeants qui sont là d’être féministe, d’être féministe au nom du fait que le féminisme est un humanisme et que défendre la dignité des femmes, les droits des femmes, c’est en même temps défendre la dignité et les droits des hommes. Ils ne sont pas séparables parce que la condition humaine n’est pas sécable, parce que le combat des Lumières est un combat pour l’humanité, donc pour les femmes et les hommes ensemble, inséparables, en destin et en condition. Oui, les droits des femme s et des filles sont universels, comme le sont l’ensemble des droits humains partout, tout le temps. Nous ne pouvons pas céder à une forme de retrait, de retour en arrière de cet universalisme avec les uns et les autres qui nous expliqueraient qu’en vertu d’une tradition, d’une interprétation, d’une habitude, de la lecture qu’on ferait d’une religion, du combat pour la vérité d’un peuple, de la lutte contre une forme de décadence, on pourrait séparer ces droits, les revoir, les remettre en cause.

Alors, pour y répondre, nous allons adopter une méthode, tous ensemble : celle d’un universalisme concret et d’un multilatéralisme en actes. Je crois qu’ici, nous le défendons tous. D’abord écouter la voix de celles et ceux qui portent ce combat universel pour l’égalité. Ensuite, travailler ensemble et bâtir des coalitions : États, société civile, secteur privé, organisations internationales sous l’égide des Nations unies, sans frontières et sans barrières. Et puis agir concrètement, enfin, pour que la vie change au bas de chaque rue et au sein de chaque foyer, pour que les matins, des femmes dans le monde se retrouvent avec le goût de l’espoir et très clairement montrer que nous n’avons l’intention de rien céder, d’agir et d’avoir des résultats concrets. Ce forum doit être celui des résultats concrets. Je vous remercie et je vais tout de suite passer la parole au Secrétaire général des Nations unies, António Guterres./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

publié le 02/07/2021

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