Remerciements de Auréa LESZCZYNSKI VIEIRA GONÇALVES Responsable des relations internationales au SESC-SP, pour l’attribution du titre de Chevalier de la Légion d’Honneur - São Paulo, Résidence Consulaire de France, 16 février 2017

Bonsoir Monsieur l’Ambassadeur Laurent Bili, Monsieur le Consul Général Brieuc Pont, ma chère Sandra, chère Erica, cher Louis, chers amis.

Bonsoir à tous mes amis et collègues qui m’ont fait l’honneur d’être présents ce soir, aux surintendants du Sesc São Paulo, Galina, Joel, Olegário ; bonsoir à ma mère Alcyone, à mon père Cleanto, à mon mari Fabio et à ma fille Anita.

Georges Perec, un des nombreux génies donnés au monde par la France, a écrit la nouvelle "Un cabinet d’Amateur", dans laquelle se mélangent des peintres et des tableaux imaginaires et réels. À la fin du livre, l’investigation régressive devient pratiquement un jeu impossible à résoudre en vertu des détails innombrables des oeuvres imaginaires décrites par Perec. Ce figurativisme exhaustif était fictif, fruit du génie créatif d’un "novateur", réalisable dans la littérature, néanmoins non transmissible à un autre art.

À la lumière de cette petite-grande oeuvre littéraire, une de mes préférées dans la littérature moderne, je me sens impliquée dans mon rapport à la France de la façon suivante : la France me propose des dédales de réalité et de fantaisie, de métaphysique et de pratique, de philosophique et de prosaïque, et je la perçois ainsi comme un signe en transformation permanente.

La France m’habite il y a longtemps. Depuis le jour où ma mère m’a appris à chanter Frère Jacques, à l’âge de 5 ans ; à mes 11 ans, quand, dans mon instrument musical, la flute traversière, j’ai joué Gymnopédie numéro 1 d’ Eric Satie. Lors de ma première visite au Masp avec mes parents, Alcyone et Cleanto, qui, face au tableau de Renoir "Demoiselles Cahen d’Anvers", faisaient semblant que cette toile, la "Rose et Bleue" était le portrait de nous deux, ma soeur et moi. À partir du jour où j’ai déménagé à Lyon et me suis retrouvée en parcourant la ville par des chemins plus longs pour me retrouver dans de beaux lieux. Depuis que le grand commandeur des arts et de la gestion, Danilo Miranda, m’a donné l’honneur de devenir sa conseillère, notre intention était celle de rapprocher de plus en plus les propos culturels ambitieux de la France à ceux du Brésil. Les deux ans de préparation pour l’Année de la France au Brésil ont été essentiels dans ma vie professionnelle, m’entraînant dans une dialectique labyrinthique et infinie entre les cultures complémentaires qui m’ont formée : la française et la brésilienne.

Sans aucun doute, avant tout ça, la philosophie était déjà une partie de ma vie et, avec elle, la France toujours à mes côtés : que se soit par l’exubérante beauté, par la perturbation provoquée par les arguments rationaux, par la quête d’un idéal politique laïque. En fin de comptes, il appartient à la France toute une myriade de sentiments esthétiques, dont j’en apprécie énormément : le goût affectif, la vision ravissante du cinéma et de l’art, l’écoute du vieux, du nouveau et de l’étrangement, la prose des concepts, l’odorat que le vent même nous apprend. Et on le sait, non par coïncidence, que cette overdose d’émotions a été entendue : le mystérieux et enivrant Syndrome de Stendhal.

La première fois où j’ai été décorée en tant que Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, titre reçu des mains de l’Ambassadeur Yves Saint-Geours et auquel je suis toujours reconnaissante, je n’étais pas encore responsable de l’ Assessoria de Relações Internacionais do Sesc São Paulo, et n’avais pas encore ma fille Anita, de mon mariage avec Fabio, avec deux ans aujourd’hui. L’honneur que je ressens en ce moment retrouve une maturité personnelle et professionnelle comme si la France, à chaque changement fascinant de la vie, me soutenait en me faisant les cadeaux les plus surprenants.

Un honneur que je partage avec tous mes collègues ici présents et avec ceux qui n’ont pas pu venir.
Le Sesc, comme institution intensément liée à la France par ses convictions humanistes, est l’égide d’un monde optimiste, accessible aux arts et aux sports, où l’homme est forcément un citoyen penché sur la réflexion sur soi et sur son rapport à l’autre. Si ce n’était pour le concours du Sesc, je n’aurais pas reçu aujourd’hui cet hommage.

J’expérimente ainsi ce que je vis énergiquement au long de mes 41 ans et ce que j’ai appris avec la France, de la philosophie de Montaigne à la contemporanéité de Didi-Huberman, de la préface définitive d’André Malraux pour "Liaisons Dangereuses" à la régie précise de Nathalie Stutsman. De la même façon, je sens pulser en moi une France qui adore les citations des chocolats Révillon à Noel, qui entend heureuse ma fille et mes nièces chanter Meunier tu dors ; qui m’a rendu une fan du cinéaste François Ozon ; qui chante Serge Gainsbourg le samedi matin.
En le décrivant ainsi – comme dans le livre de Perec - les faits, l’héritage, les perceptions qui m’ont nourrit s’ajoutent à celles que beaucoup d’amis et collègues de travail ont constaté et qui m’ont amené à aimer tant ce pays.

Ce pays : l’hexagone cartographique en miroir, ce caléidoscope entre mes mains n’est plus qu’une illusion picturale, inventée par moi même selon les vérités intuitives, conquises, exagérées, anciennes et toute fraîches, les miennes et celles de tous les autres.

Sont nombreuses les Frances vivant en moi, en particulier la France qui interroge sans cesse le beau, le bien et le juste dans le monde, et la France révolutionnaire qui agrandit mon parcours professionnel en inondant, avec une Liberté totale, mes idées personnelles tous les jours de ma vie.

J’exprime toute ma gratitude à être Chevalier de la Légion d’Honneur de la République Française, à travers la concession de M. l’Ambassadeur de la France au Brésil, Laurent Bili.

publié le 03/05/2017

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